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novembre 2006
Tony Hillerman
Les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee

Là où dansent les morts

5/5
États-Unis 1973 - Rivages 1996

Deux adolescents disparaissent aux abords du pueblo Zuñi alors que l'un d'entre-eux devait incarner le Petit Dieu-du-Feu lors des cérémonies de Shalako. L'autre est un jeune Navajo un peu bizarre qui nourrissait le projet de devenir Zuñi. La seule trace trouvée par les enquêteurs est une considérable quantité de sang qui laisse présager le pire. On demande au lieutenant Leaphorn de tenter de localiser le jeune membre du Dinee. Le policier navajo va d'abord entrer en contact avec un archéologue qui mène des fouilles près du pueblo et que les enfants visitaient souvent. Puis il se rend dans une communauté de hippies voisine où il va faire une très étrange rencontre...

Avec Leaphorn seul personnage principal, l'écriture d'Hillerman trouve son équilibre. Comme le lieutenant nous donne en permanence le point de vue navajo sur les choses, la "matière" culturelle et ethnographique est délivrée en continu (et non confinée à certains espaces du livre comme dans le précédent volume). Tony Hillerman

L'auteur a certainement aussi modifié son ambition : il nous en dit à la fois beaucoup plus que dans La voie de l'ennemi sur la perception navajo du monde mais il laisse de côté, pour l'instant, les aspects cosmogoniques complexes les expliquant. Ceux-ci viendront, en leur temps dans d'autres livres, ou pas du tout. Tony Hillerman entend ne pas justifier intellectuellement toutes les choses : il les donne à lire et nous les prenons (ou non, et libre au lecteur de se documenter autre part [1]) comme une composante de l'individu dont nous suivons l'histoire. Comme Leaphorn est à la fois un traditionaliste et un pragmatique, qu'il a déjà fait la synthèse entre l'interdépendance des effets et des causes de la métaphysique navajo et la logique rationnelle de la pensée occidentale, il est le passeur idéal vers ce monde.

Le fait que l'action se passe en dehors de la Grande Réserve permet de présenter le matériel ethnographique de façon beaucoup plus dynamique, en plaçant souvent simplement en opposition les points de vue navajo, zuñi et belagaana. Trois sociétés, trois systèmes de pensée et surtout de valeurs totalement différents. La religiosité extrème de la culture Zuñi, qui fascine proprement Leaphorn, est diamétralement opposée au point de vue des hommes blancs - symbolisé par les archéologues - et qui semble ne connaître de richesse qu'or ou prestige. L'ambition démesurée de Reynolds et d'Isaac paraît encore plus dérisoire...

Dès lors, les motifs policiers peuvent être tissés dans cette importante matière, en prendre même la (les) couleur(s). L'histoire criminelle est, ici, tout à fait à la hauteur et le cœur humain, bien noir...

Illustration de cette page : Shalako incarné par un danseur zuñi