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14 juilllet 2009
Colin Bateman

La fille des brumes

2/5
Royaume-Uni 1999 - Série Noire 2004

Une nuit pas comme les autres à Niagara Falls où une jeune adolescente meurt d'avoir fait une gâterie à l'Artiste Précédemment Connu sous le Nom de Pongo, où une légende indienne s'incarne en une ravissante jeune femme ayant survécu à la traversée des chutes et où l'ex-femme de Frank Corrigan, Irlandais du Nord exilé au Canada, se fait casser la figure par son compagnon, un évangéliste obèse. Le congrès d'horticulture qui ouvre ses portes le lendemain ramènera-t-il un peu de sérenité sur la ville ?

Après sa plutôt intéressante Bicyclette de la violence, je dois reconnaître avoir eu du mal avec cette Fille des brumes, quatrième livre de l'Irlandais du Nord Colin Bateman à être publié à la Série noire.

Loin de Crossmaheart, notre auteur déploie dans la ville canadienne de Niagara Falls une intrigue complexe, à plusieurs niveaux, mélangeant la vie privée de son héros flic, Irlandais du Nord exilé ici (pour, on l'apprendra par la suite, meurtre de sang-froid de terroristes de l'IRA qui venaient de faire exploser le poste de police de la RUC dont il faisait partie), celle d'une ancienne star défoncée et irresponsable dont le père se trouve opportunément être un vieux chef maffieux ayant organisé dans la ville une improbable réunion de tous les plus grands criminels internationaux et celle d'une vieille légende indienne à laquelle croient, mordicus, les restes d'une secte iroquoise secrète et à laquelle une prostituée géorgienne (capitale Tbilissi) prête ses traits.

Ce mélange étonnant [1] à l'œuvre dans La fille des brumes aurait pu être détonnant s'il s'était accompagné d'un humour ravageur et féroce, dont Bateman avait fait parfois montre dans son premier roman. Or ici, tout baigne entre la tentation de la grosse farce et le plus grand sérieux du monde sans jamais choisir, sans jamais trancher vraiment, faisant se succéder des moments de dérision voire de grotesque (auxquels on hésite à adhérer) et des moments de tension et de noirceur qui prennent alors un côté totalement irréels [2].

A mon sens, rares sont les auteurs de roman noir capables de réussir un tel alliage. Un y réussissait à coup sûr, Chester Himes, qui pouvait ainsi virevolter du comique le plus outrancier au tragique le plus sombre et violent tout en renforçant la cohérence de son récit [3]. Je n'ai pas trouvé cela dans La fille des brumes qui, par l'amoncellement de toutes ces situations et leur déferlement – comme les chutes, à croire que là était son vrai propos –, en devient presque ennuyeux à lire.

Illustration de cette page : Un bateau Maid of the Mist dans les remous des Chutes

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Concerto pour deux pianos, percussions et orchestre de Béla Bartok (Hungaroton).