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25 avril 2011
Ishida Ira

Ikebukuro West Gate Park II

4/5
Japon 2002 - Éditions Philippe Picquier 2009

Makoto continue de débrouiller les affaires dans son quartier d'Ikebukuro. Comme toujours, c'est vers les abandonnés du système qu'il se tourne et il sait qu'il peut compter sur le King des G Boys et sur Le Singe pour restaurer un peu de justice dans ce monde (traduction de Anne Baillard-Sakai).

Les quatre histoires qui composent ce Ikebukuro West Gate Park II sont peut-être moins intenses que le roman original, mais elles le complètent parfaitement de leur subtilité.

Makoto est toujours au service de son quartier et, surtout, de ses habitants les plus paumés, les plus délaissés ce qui ne veut pas dire forcément les plus pauvres. Hiroki, le gamin héros de la première nouvelle, est le fils d'un chef yakuza et d'une présentatrice de la télévision. Il a les poches remplies de billets de 500 yens que sa mère lui donne pour se nourrir dans les fast-foods, mais il erre cependant malheureux dans la ville, enfermant son angoisse d'être dans le comptage de tout ce qui passe à sa portée, « parce que les nombres, eux, ne mentent pas... »

Kao, la petite prépubère qui lit en permanence et en solitaire dans le centre commercial, est aussi à l'abri des besoins matériels. Sa maman, hôtesse de bar qui n'hésite pas à monter avec certains clients, y veille, souhaitant pour sa fille la meilleure éducation, mais ne comprenant pas que celle-ci passe d'abord par une présence, de l'affection, un dialogue dont elle est incapable. Pour remercier Makoto de s'être occupé de Kao malade, ne lui achète-t-elle pas des habits hors de prix plutôt qu'un simple merci ?

L'argent, devenu unique médiateur entre les êtres est également l'objet de la troisième histoire de Ikebukuro West Gate Park II. De façon toujours aussi anodine, Ishida Ira, par la voix de Makoto, nous fait un cours facile à comprendre, malgré la complexité du thème, sur le rôle de la monnaie (que ne renieraient pas André Orléan et Michel Aglietta [1]) et décrit l'état de faillite dans lequel se trouve son pays.

Financière d'abord, avec la déflation née de l'éclatement de la bulle spéculative de 1991 et la crise de confiance généralisée qu'elle a induit. Morale surtout : la nouvelle raconte la tentative d'une ONG d'instaurer un système monétaire parallèle au Yen et propre au quartier d'Ikebukuro, seul susceptible de permettre l'embauche des jeunes marginalisés. Soutenue par le King des G Boys lui-même, elle va vite être sabotée par la cupidité des uns et des autres, leurs intérêts égoïstes, leur vision à très court terme.

En toute logique, Ishida s'intéresse, dans la dernière histoire, à l'exclusion définitive de la société qui atteint ceux sans travail ni foyer. Le fait de parler d'eux est d'importance, car les Japonais refusent de les voir ou d'admettre même leur existence. Dans cette société sans lien autre que celui à l'emploi et au salaire, ils ne sont pas, ils ne sont plus. Mais la nouvelle va beaucoup plus loin puisqu'avec ces attaques cruelles de sans-abri auxquelles se consacre Makoto, nous touchons à l'horreur civilisée, la bêtise abjecte, l'indifférence face à la souffrance humaine qu'il ne faut pas hésiter à rapprocher de celle qui animait les dirigeants de l'unité 731 [2].

Des plus intégrés aux plus exclus, Ikebukuro West Gate Park II pointe les effets délétères d'une société nippone sans âme et sans amour. Un grand livre à mettre entre toutes les mains.

N'oubliez pas l'intéressant entretien accordé par Ishida Ira à Christophe Dupuis sur le site d'Entre-deux- noirs. Et parcourir avec encore plus d'intérêt cet article de Julien Bielka dans la Revue des Ressources : Tokyo, Kôenji : la fronde des précaires.

Illustrations de cette page : La mascotte des Mini Moni, le groupe favori de la jeune Kao • Un sans-abri dans le parc Yoyogi