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5 novembre 2009
Yokomizo Seishi

La ritournelle du démon

3/5
Japon 1959 - Éditions Philippe Picquier 1990

En cette fin de mois d'août 1955, alors que se prépare la fête des morts, le fameux enquêteur Kindaichi Kōsuke a choisi le village d'Onikobe pour se reposer de ses dernières aventures. Son intérêt pour l'endroit a été renforcé par l'histoire que lui a racontée son ami, le commissaire Isogawa, concernant un meurtre non résolu, vingt-trois ans plus tôt. La disparition inexpliquée du vieux chef de village, qui était prêt à vivre de nouveau avec sa cinquième épouse, est-elle liée à cette affaire ? (traduction de Rose-Marie Fayolle)

La ritournelle du démon met en scène Kindaichi Kōsuke, un personnage de détective très populaire au Japon [1]. Alors que, fin des années 50, le roman policier commence à prendre une coloration sociale et critique, notamment avec Matsumoto Seichō, Yokomizo Seishi reste le représentant d'un whodunit à l'occidentale [2], avec résolution finale du mystère et dévoilement de l'assassin par un enquêteur extraordinaire.

Yokomizo Seishi La ritournelle du démon En cette période charnière de l'après-guerre, l'archipel est coincé entre tradition et modernité. C'est particulièrement vrai dans les zones rurales de montagne, là où se déroule l'action de La Ritournelle du démon. Yokomizo joue parfaitement sur les croyances anciennes et l'étrange pour apporter à ses récits un côté fantastique, une supposition de surnaturel. Ce n'est pas pour rien que l'on a comparé son œuvre avec celle de John Dickson Carr.

Cela est toujours fait avec une économie de moyens parfaite. Quelques mots ou une description souvent suffisent (par exemple quand Kindaichi croise la vieille femme sur la route), puis la raison doit, à chaque fois, prendre son temps pour écarter l'hypothèse d'un mal diffus et mystérieux qui habiterait la nature et les êtres. Le motif des crimes, s'inspirant de cette antique Ritournelle du démon, contribue évidemment pour beaucoup à la réussite de cette ambiance. Le double sens de ses paroles – il y est finalement question de meurtres horribles – alors qu'elle était autrefois chantée par des fillettes jouant à la balle est la traduction parfaite de ce qu'est le roman. La pire des folies criminelles peut se cacher sous le plus innocent des sourires.

Comme Kindaichi Kōsuke est un enquêteur qui ne découvre la vérité que dans les dernières pages et sur un coup de théâtre, Yokomizo dispose de beaucoup de temps pour tracer le portrait de ce village et de ses habitants, leurs secrets, leur mesquinerie, leur fausse gentillesse et leurs vraies peurs. Le véritable intérêt de La ritournelle du démon est sans doute là, car je suis resté un peu sur sa faim s'agissant du mystère criminel.

Illustration de cette page : Onsen