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27 juillet 2012
Diniz Galhos

Gōkan

2,5/5
France (2012) - Le Cherche Midi (2012)

Un prof de fac coincé à qui l'on propose de dérober la bouteille de saké de Quentin Tarantino quand il sera à Tōkyō, un tueur à gages Amerlocain et raciste qui sème la désolation dans un clan yakuza, une garagiste à qui son père a enseigné les 31 façons de tuer un homme et qui met la main sur une curieuse valise diplomatique, un apprenti tueur qu'effraient les fantômes....

Merci à Yann Le Tumelin d'avoir cédé à mes larmes et insistantes lamentations en me prêtant son exemplaire de ce roman.

Gōkan est une amusante fantaisie littéraire, dans laquelle l'auteur, Diniz Galhos, paye un important tribut au cinéma et à l'air du temps.

Que cela soit dans les nombreuses références qui émaillent les dialogues, la construction des situations, jusqu'à la façon d'écrire et de décrire la plupart des scènes, tout contribue à une représentation extrêmement visuelle, cinématographique, de ce que nous lisons, même si l'exercice relève presque de l'impossible dans le grand final.

Variation hilarante du duel mexicain qui concluait magnifiquement Le Bon, la Brute et le Truand, une demi-douzaine de personnes rencontrées dans les chapitres précédents se menacent tout à tour d'une arme au milieu d'un minuscule bar – comme il y en a tant à Tōkyō – rempli de consommateurs à qui on a intimé l'ordre de ne pas bouger. J'ai tout autant pensé au film de Leone qu'à la cabine pleine comme un œuf des Marx Brothers dans A night at the Opera.

Avant d'arriver à cette ultime fusillade, Galhos aura suivi quatre fils principaux, laissant entrevoir quelques points de contact entre les histoires sans que cela nous soit parfaitement intelligible. Ce n'est pas très grave, au demeurant, car chaque chapitre de Gōkan est conçu comme une miniature pouvant se suffire à elle-même, un vrai récit dans le récit possédant ton et impératifs narratifs propres. Tous finiront néanmoins par s'assembler, et parfois se dissoudre, dans le grand tout final.

Diniz Galhos joue avec beaucoup d'habileté sur les contrastes, à l'intérieur de ces chapitres ou bien entre eux. La grossièreté raciste et meurtrière de Ron Reno s'oppose parfaitement à la timidité de Jean-Luc Ponty découvrant le Japon ou la politesse affétée des yakuzas que l'Américain vient exterminer. L'apparente fragilité de Nina Wakasa fait merveille dans son combat contre les trois frères Kimoi, qui emprunte toute la fulgurance de sa violence aux yakuza eiga modernes, nous rappelant autant Kitano Takeshi que le grand recycleur Quentin Tarantino. Âge aidant (le chef yakuza cite Ozu Yazujiro comme son cinéaste préféré lors du duel final), la sérénité du Boss et du Tourbillon noir relève plus, elle, de l'œuvre de Fukasaku Kenji, mais en version désabusée à la Wakamatsu Kōji. Jusqu'aux histoires de fantôme du chapitre 10 qui renvoient à ce fond superstitieux dont ne se sont jamais vraiment entièrement débarrassés les Tokyoïtes.

À condition de ne pas le prendre trop au sérieux et sans connaître forcément toutes les références brassées dans Gōkan (mais c'est quand même plus jouissif), voilà un livre qui permet de passer un excellent moment.

Illustration de cette page : Jeunes femmes de Shibuya

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Pleiades dances de Yoshimatsu Takashi (1996 - Denon)