
A coups de crosse
Fin des années 1960, à Paris, la vie d'une bande de braqueurs.
Avec A coups de crosse, La Manufacture de Livres continue de privilégier une certaine authenticité de l'écriture sur le milieu criminel. Cela nous avait donné, il y a quelques semaines, la réédition du pittoresque Les Louchetracs, dont l'auteur était un ancien braqueur qui avait découvert, sur le tard , la littérature.
Il semble que cela soit également le cas de Jacques Eisenbarth, dont on nous dit qu'il fut délinquant et taulard avant d'écrire des livres. Il nous livre ici la chronique ordinaire – peut-être autobiographique –, d'un groupe d'amis dans le Paris de la fin des années 1960. Entre les exploits violents et solitaires de Fabien, le plus âgé de la bande, et la préparation d'un braquage plus important impliquant toute l'équipe, Eisenbarth décrit un Milieu exempt de toute dimension folklorique. Débarrassé des fantasmes habituels sur les voyous, un peu à la manière de ce qu'avait réalisé Schœndoerffer dans son film Truands (2006), A coups de crosse aurait pu prétendre à la précision et à la sécheresse d'un documentaire.
Si tel était le but poursuivi, il n'a guère été servi par la platitude d'écriture et les faiblesses stylistiques d'Eisenbarth. Que ses personnages soient d'une vacuité abyssale, indifférenciés et leur quotidien ennuyeux à en mourir, passe encore. Que leur univers soit réduit à l'étroit microcosme d'amitiés dans lequel ils évoluent et à des atermoiements amoureux confondants de naïveté commence à être plus gênant : tout ceci est à peu près aussi intéressant que la description de la vie d'un comptable... Ce à quoi fait penser le flic Jaboin, ridicule et improbable contrepoint à cet étalage de vie quotidienne, décourageante pour le lecteur.
Que les voyous aspirent à la normalité et au confort d'une existence bourgeoise – par d'autres moyens – et soient des plus conformistes, n'est pas vraiment surprenant. D'autres, cinéastes, romanciers l'ont mieux et déjà dit (même si quelques lecteurs pensent encore que seuls les criminels seraient capables d'écrire sur les criminels). A coups de crosse, long, soporifique et verbeux témoignage semble, dès lors, tout à fait dispensable. Je continue de préférer les hurlements d'Ed Bunker ou la subtilité de Chester Himes, eux aussi anciens délinquants passés par le système carcéral, sauvés par la littérature et véritables romanciers.

