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21 avril 2009
Michael Connelly

Le verdict du plomb

2,5/5
États-Unis 2008 - Éditions du Seuil 2009

Absent des prétoires depuis plus d'un an, Mickey Haller hérite de la clientèle de son confrère Jerry Vincent, assassiné dans un parking. Après avoir reconstitué son équipe, l'avocat à la Lincoln va devoir défendre une dizaine de jours plus tard Walter Elliot, magnat du cinéma, accusé d'avoir tué sa femme et son amant. Celui-ci semble particulièrement indifférent au procès et n'a qu'une exigence : qu'il se tienne à la date fixée.

A la fin de La défense Lincoln, qui introduisait dans son œuvre le personnage de l'avocat de la défense Mickey Haller, l'auteur ne fermait pas la porte à une éventuelle suite. C'est donc chose faite aujourd'hui avec Le verdict du plomb, thriller où Michael Connelly entend aborder à nouveau les dilemmes et contradictions de son avocat, dénoncer certains travers du système judiciaire américain tout en tentant un cross-over avec le plus célèbre de ses héros, l'inspecteur Harry Bosch.

C'était l'une des grandes réussites de La défense Lincoln que de bousculer l'angélisme des représentations traditionnelles que roman, cinéma ou télévision ont toujours plus ou moins donné de ce milieu [1]. Certains lecteurs ont plutôt mal vécu que cette dénonciation très réaliste passe par un héros aussi cynique et manipulateur que Mick Haller, dont l'ego démesuré vit littéralement, sans scrupules ni remords, sur la bête. Sans abandonner l'ambiguïté et l'ambivalence de son héros, l'auteur du Poète avait quand même amorcé, dans les derniers chapitres, une évolution le conduisant à prendre conscience puis surmonter le double bind [2] de sa situation (servir la vérité - exigence morale - et son client qu'il sait coupable - exigence professionnelle) au péril de sa vie. Un petit goût de rédemption, sur le fil.

Au début de ce Verdict du plomb, nous retrouvons un Mick Haller en plein doute. Gravement blessé, l'avocat a d'abord repris le collier puis mystérieusement abandonné toute activité juridique pendant un an. Le système vient pourtant le débusquer, lui offrant la clientèle de son confrère Vincent, assassiné. Autant par devoir que parce que, dans cette clientèle, se trouve déjà le client pactole dont rêve tout avocat, Haller reprend plus rapidement que prévu du service.

Le redoutable prédateur qu'il est ne tarde guère à refaire surface, mais il y a désormais une réelle fêlure dans le personnage, que Connelly nous montre bien plus humain, plus fragile, presque en quête d'intégrité. Il tend la main à l'un de ces clients à qui il s'identifie, il est prêt à collaborer avec la police et, surtout, il espère pouvoir se rapprocher de sa fille de onze ans, qui a du mal à comprendre que son père défende les méchants que sa mère, adjointe au DA, s'efforce de mettre en prison.

Avec cela et l'évolution plutôt molle des différentes enquêtes, nous avançons de façon assez pépère jusqu'au procès Elliot. C'est la loi du genre procedural, qui s'accommode surtout de révélations, coups de théâtre et retournements de situation à la dernière minute, mais c'est justement ce rythme que Connelly avait réussi à bousculer dans La défense Lincoln, grâce à la lucidité cynique de son héros. Ici, il faut attendre la phase de sélection du jury (dernier quart du roman) pour retrouver, en partie, le souffle et l'esprit critique qui animait l'opus précédent.

La brutale accélération finale – avec sa cascade de mensonges, de manipulations et de jeu de dupes en miroir – est rondement menée par Connelly qui résout ainsi toutes les affaires en cours [3]. Certains lecteurs pourront estimer artificielle cette fin surprenante et tortueuse à souhait, jugeant qu'elle arrive un peu tard, est insuffisante à sauver totalement un ensemble moyen et déséquilibré et où la médiocre présence de Bosch reste difficilement compréhensible.

Illustrations de cette page : Fronton de la cour de justice de Los Angeles

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Chrome Dreams II de Neil Young, galette Reprise (2007)