Skip to main content

14 mai 2010
Bruno Schnebert

L'agrégé

2/5
France 2010 - NeO - Le Cherche Midi 2010

Les tribulations du détestable Robert Deplanque, chef de clinique en cardiologie qui souhaite devenir professeur agrégé.

Avant d'être une histoire avec des morceaux de crime dedans, L'agrégé est une charge, parfois drolatique, contre le système hospitalo-universitaire.

Médecin lui-même, Bruno Schnebert compose une galerie de personnages ambitieux, cauteleux, vaniteux ou menteurs, beaucoup plus préoccupés par leur place dans le cocotier et leur destinée personnelle que par le bien-être sanitaire des populations. Du haut de sa position mandarinale, le manipulateur Pr Chausson — parti de rien et devenu l'ami des puissants et des laboratoires — mène la danse. Le Dr Deplanque, héritier d'une dynastie de cardiologues, sûr de son droit à obtenir et parfaite illustration de cet arrivisme exacerbé, entre dans celle-ci avec joie.

Raciste imbécile et d'une inculture abjecte en dehors de sa spécialité, celui qui se rêve agrégé est prêt à tout pour y parvenir, sans se douter qu'il n'est rien d'autre qu'une pièce interchangeable dans une partie qui se joue sans lui. Ce côté très noir ainsi que la partie criminelle africaine qui ouvre et ferme le roman sont surprenants et assez réussis, à condition d'aimer l'humour énorme.

Entre les deux se trouve le ventre mou de l'histoire, collection plus ou moins bien cousue d'anecdotes sur la vie à l'hôpital, qui sert certes à composer et alimenter les principaux personnages, mais qui alourdit, ralentit et éparpille le propos. Cherchant à retracer ici, en les condensant, toutes les étapes et chausse-trappes de l'internat, Schnebert se laisse plutôt déborder par des souvenirs disparates que son écriture échoue à lier et à rendre intéressants, au-delà peut-être du cercle de ceux qui « seraient passés par là ».

À n'avoir pas su ou voulu choisir entre le polar, la critique sociale et le livre de souvenirs, Bruno Schnebert a fait de L'agrégé un roman, amusant à l'occasion, mais qui n'atteint jamais vraiment aucune de ses cibles.

Note : Afin que les circonstances d'écriture de cette chronique lui soient connues, son lecteur doit savoir que, partageant un minuscule fragment d'univers professionnel avec Bruno Schnebert, j'ai rencontré l'auteur, qui m'a parlé de son livre et de ceux à venir. Même si l'homme est sympathique, j'espère avoir lu et chroniqué L'agrégé dans les mêmes conditions que d'ordinaire, c'est-à-dire sans parti-pris.

Illustration de cette page : Tracé d'ECG

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Mingus Ah Um de Charlie Mingus, chez Columbia (1959).