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2 mai 2010
Frédéric Mars

Le sang du Christ

2/5
France 2010 - Éditions Michel Lafon

Les derniers jours de Jésus, revus et corrigés.

Tout à fait éloigné de mes lectures habituelles, et donc des chroniques de ce site, Le sang du Christ est une nouvelle mise en scène, à la Da Vinci Code, d'hypothèses formulées depuis presque un siècle concernant le personnage historique de Jésus.

golgothaSi j'évoque Dan Brown, c'est parce que le récit tricoté par Frédéric Mars entraîne un couple d'enquêteurs – un lettré quadragénaire et une jeune fille découvrant l'existence – dans des aventures où meurtres mystérieux, manipulations politiciennes et considérations ésotériques abondent, autour d'un Jésus humain, trop humain. Ses héros, notamment Sara, sont résolument modernes, plaçant ainsi clairement Le sang du Christ dans le monde fictionnel, contrairement à ses sources d'inspiration.

Car, pour faire revivre les jours précédant la Pâque où la tradition dit que fut crucifié celui que l'on connaîtra ensuite comme le Christ, Mars emprunte à différents auteurs dont le propos était bien de démontrer l'imposture du christianisme. De Massé (et par conséquence d'Ambelain, qui tenta de populariser ses thèses) sûrement [1] et de Cascioli probablement [2] proviennent la plupart des hypothèses qu'il va habiller de sa tunique romanesque. Son livre est un mélange iconoclaste où le lecteur peut croiser des personnages historiques avérés (Juda de Gamala, Ponce Pilate, Hérode Antipas, Caïphe, etc.), ou d'autres consacrés par les textes canoniques, mais saisis dans un autre rôle (Jésus, Barrabas, Simon-Pierre, Joseph d'Arimathie, ou Saül-Paul), dans une intrigue qui revisite les lieux et événements rapportés par les Évangiles.

Sur fond d'agitation messianique dont on sait qu'elle anima la vie politique et religieuse de l'époque, Frédéric Mars met finalement en avant les débordements nés des pratiques magiques (des sectes égyptiennes défendues par Jean et ses fils) opposés à la rigueur rationnelle et philosophique de la pensée grecque (dont Jacques est le fruit). Toute la ré-interprétation des grandes scènes et personnages évangéliques (par exemple la Cène comme vrai partage de la chair et du sang, ou la duplicité paulienne de l'illumination sur la route de Damas) est évidemment outrageusement ou délicieusement sacrilège, selon que l'on est ou non croyant.

Le sang du Christ est un divertissement qui n'apporte rien de concret concernant le vieux débat sur les incohérences ou la véracité du Nouveau Testament, l'existence de Jésus ou encore le succès futur du christianisme. On se reportera, pour cela, à des ouvrages d'une autre nature.

Illustration de cette page : Golgotha

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : John Barleycorn Must Die de Traffic (Island, 1970)